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LA PROSE PHOTO

  • Les oiseaux se cachent pour mieux rire

    Avez-vous déjà rêvé de voler ?
    Sentir le sol se dérober sous vos pas et s’élancer dans les airs pour planer à travers les courants d’air !
    Flotter dans un grand vent de liberté, léger, sans le moindre fil à la patte.
    J’ai fait ce rêve étrange, j’y côtoyais les oiseaux, heureux et joyeux, en vol, sur terre ou sur les flots.
    Pour l’immortaliser, je me suis équipée.
    J’ai pris ma plume, une fois reste coutume, et mon appareil photo : attention, au petit oiseau…


    Les oies vivent en colonies et forment des groupes bien hiérarchisés.
    Dans ces jeux de société, chaque individu a un rôle à jouer et le jeu de l’oie obéit aussi à la règle.
    Les déplacements en collectivité sont aussi bien organisés.
    Ainsi, les oies adoptent une formation en « V » lors de leur voyages migratoires, longs et fatigants.
    De cette façon, elles économisent de l’énergie en diminuant la prise au vent.
    L’oie la mieux placée conserve au mieux ses forces, tandis que les autres se font damer le pion.
    Fin de la partie.

    C’est au cours d’une belle matinée que j’ai le bonheur d’assister au merveilleux ballet flotté où je suis l’unique invitée.
    Dans une danse ondoyée synchronisée, ils glissent lentement, dociles et élégants.
    Sous les longues trainées de rubans argentés, je devine pointes et pas chassés,
    chorégraphiés au son d’une valse que l’on devine à mille temps.
    Cependant aucun cygne noir parmi la troupe.
    Si dans l’œuvre de Tchaïkovski, la trahison est de mise, cette représentation nouvelle sera peut-être espoir de meilleur dénouement.
    Et d’une seule voix, l’ondée de tulle en plumes blanches chassera l’oiseau de mauvais augure !
    Cela tiendra à peu de choses. Il suffira d’un signe. Un matin…

    Symbole de paix et d’amour, la colombe est à la hauteur de sa réputation, puisqu’elle reste monogame tout au long de sa vie.
    Nous savons néanmoins que Colombes, tourterelles, pigeons et autres colombidés forment une heureuse et même famille.
    Voyez-vous Juliette à son balcon non loin de son Roméo, ils roucouleront des jours heureux.
    Que leur vie soit douce, emplie de la gaité innocente des jeunes tourtereaux, sans jamais s’inquiéter que leur union finisse un jour par battre de l’aile.

    Enfermés à double tour dans une prison de fil de fer dorée, nombreux sont ceux qui les ont mis derrière les barreaux et sans le moindre procès.
    De quoi donc sont-ils coupables, de vol à l’étalage ?
    Devant tant d’injustice, je n’ai pu rester de marbre. Alors je me suis changée en Pierre, j’ai ouvert la cage aux oiseaux. C’était beau.
    Dans un grand tourbillon de joie, ça chantait haut, ça chantait bas,
    comme des enfants dont l’innocence rappelle les jolies colonies de vacances.

    D’une main tremblante elle prend dans un petit sachet froissé,
    des morceaux de vieux pain qu’elle donne, petit bout par petit bout aux canards affamés.
    Non loin de la vieille dame, dans ce joli parc arboré,
    beaucoup de mains désœuvrées perpétuent ces gentils crimes qui nuisent hélas à la santé des anatidés.
    Partant d’un bon sentiment, de cette histoire naitra une amitié réciproque, chacun ayant besoin d’une canne sur laquelle s’appuyer.


    « Il nous faut écouter l’oiseau au fond des bois, le murmure de l’été, le sang qui monte en soi… » – Jacques Brel


    L’oiseauPierre Vassiliu

  • Du vent dans les arbres

    Bonne nouvelle ! Il semble que Noël parvient à se frayer un chemin ; certes escarpé et semé d’embûches, mais il se dirige droit vers nous !
    À l’heure ou petits et grands sapins s’apprêtent à envahir nos maisons, c’est l’esprit de famille qui domine
    et c’est pourquoi je vous propose une petite balade en forêt, berceau familiale de notre arbre de Noël préféré.
    Avec un peu de chance vous allez même apprendre une chose ou deux, on touche du bois !


    En rangs bien droits comme des écoliers, les bouleaux disciplinés m’accueillent dans leur bois clairsemé aux reflets argentés.
    On entendrait presque le froissement des culottes courtes des retardataires pressés, bientôt réprimandés.
    Sachez que c’est précisément une baguette de bouleau que les instituteurs utilisaient jadis pour taper sur les doigts des jeunes fautifs.
    La punition était suffisamment vive et sévère pour ne point avoir à rappeler de quel bois on se chauffait.
    Allez, au boulot !

    Le parc de la Bouzaize situé à Beaune en Côte d’Or, regorge d’arbres magnifiques et c’est une population arboricole très diversifiée qui s’offre à nous.
    J’allais à pied lorsque j’ai trébuché contre ces énormes pattes. Levant la tête, je vis l’animal.
    Il était impressionnant et je ne saurais évaluer la distance du tronc à la cime, mais devant cette immensité je me suis mise à trembler comme une feuille.
    Nous sommes restés tous deux plantés là à nous regarder calmement dans une sorte d’échange, sans langue de bois.
    Et puis finalement je suis partie, d’un commun accord nous avons décidé que je ne prendrai pas racine.

    Avez-vous déjà entendu parler de la Dendrophobie ? Il s’agit de la crainte irrationnelle des arbres.
    Bien souvent, cette peur est accrue par l’hylophobie qui désigne plus généralement la phobie des forêts.
    Je ne peux m’empêcher de penser que les arbres possèdent eux aussi leur propre phobie,
    à commencer par celle du genre humain et, toute proportion gardée, de l’affluence, du bain de foule, de la vague à l’homme.
    L’homme, faisant feu de tout bois sous prétexte de se chauffer n’en finit jamais de déterrer la hache de guerre,
    mais il ne fera pas long feu s’il épuise les ressources de la terre qui le nourrit.
    Il scie la branche sur laquelle il est assis.

    Quel grand mystère que celui de la petite graine qui devient un arbre puissant et majestueux.
    Miracle de la vie, qu’elle soit humaine, animale ou végétale.
    Savez-vous qu’il a été trouvé dans une vieille jarre déterrée en Israël,
    un tas de graines âgées de plus de 2000 ans que l’on a ensuite planté.
    De ces vieilles graines ont germé des palmiers qui ont poussé et ont donné des dattes,
    merveille du calendrier qui égrène parfois sans conséquences les années qui défilent.

    J’ai fini par le voir, mon beau sapin roi des forêts !
    Aux abords du canal que je parcourais un dimanche ensoleillé,
    la vue renversante m’étourdissait et le reflet me faisait miroiter une vue encore cachée, une promesse de l’eau.
    Lorsqu’il m’est apparu, j’étais si émerveillée par tant de grâce et de beauté que des étoiles dans mes yeux se sont illuminées,
    les clapotis de l’eau se sont mis à scintiller et, assise sous son pied, j’y ai déposé mes souliers.


    « Qu’ils déboisaient déboisaient déboisaient, on a trouvé qu’ils abusaient bien sûr, la fin des arbres ou la fin de la terre c’est pas la fin du monde, mais tout de même on s’était habitué. Autrefois les bûcherons avaient des égards pour les arbres, autrefois les bûcherons buvaient à leur santé. » – Arbres (1976) Jacques Prévert


    L’arbre va tomberFrancis Cabrel
  • Ma boite à couleurs

    Je fais souvent le même rêve. La vie est un tableau que l’on peint.
    Une touche de pinceau sur la toile, un peu chaque jour.
    En ce moment l’usage du noir est de rigueur, alors j’ai préparé une palette de couleurs, et tout en nuance,
    j’ai tâché d’ajouter de l’éclat ça et là, pour empêcher l’âme de se dégrader.
    Tel un retour sur le passé où le moral était bon, un peu comme une machine à remonter le ton.


    Lorsque quelque chose me mine, la créativité est mon échappatoire.
    Peindre, dessiner, photographier… Tous les moyens sont bons pourvu que je m’esquive dans l’esquisse.
    De l’ébauche au croquis, fidèle à la voie que je me suis tracée,
    je mets un point d’honneur à être à la hauteur de mes desseins.

    Serait-ce exagéré d’affirmer que cette photo là m’a donné bien du fil à retordre ?
    Je vous laisse imaginer le soin et l’application que représente toute la mise en scène, j’ai eu du mal à en découdre.
    Mais je brode à n’en plus finir !
    Je voulais juste que vous compreniez que, là encore, j’ai mis beaucoup de cœur à l’ouvrage.

    Une douce nostalgie m’envahit lorsque je vois ces bâtonnets pastels.
    Je vous brosse le tableau : dressées sur une partition blanche, des lettres soigneusement tracées à la craie s’affichent fièrement.
    Véritable coup de maître, elles sont tantôt rondes, chancelières ou cursives et se dessinent
    en grinçant parfois plus que nos oreilles ne peuvent le supporter.
    Mais comment ne pas pardonner devant tant de finesse et de beauté…
    Allez, on efface l’ardoise !

    Il est dit que les mots s’envolent et les écrits restent. Tout est affaire de plume.
    Lorsque nous vient l’envie d’écrire, qu’importe alors l’élégance et la tournure,
    et ne vaut-il pas mieux jeter l’encre plutôt que risquer de voir ses rêves sombrer dans le noir ?
    L’envie me donne des ailes et je persiste à me passionner pour tout ce que je fais.
    Cela m’a offert quelques petits succès à la volée, quelques encouragements enivrants,
    mais je garde les pieds sur terre car je sais parfaitement qu’une hirondelle ne fait pas le printemps.

    Qui n’a pas vainement tenté de résoudre le casse-tête le plus célèbre de la planète ?
    Si j’ai réussi une fois je ne parviens désormais plus à accomplir la prouesse.
    J’ai bien essayé de me creuser la tête mais j’ai eu un trou.
    De verte de rage à rouge de honte, j’ai fini par renoncer, et j’ai très vite retrouvé mes propres couleurs.
    Mais je dois bien reconnaître que j’ai perdu la face.


    “La couleur surtout et peut-être plus encore que le dessin est une libération.”Henri Matisse


    ColoreLes innocents

  • Dis moi ce que tu manges

    Je ne suis pas un cordon bleu mais j’aime beaucoup être aux fourneaux,
    et n’étant pas Loiseau, loin s’en faut, je ne mange pas vraiment comme un moineau.
    On ne peut pas dire que je sois menue, aussi il serait bon que je me mette au vert.
    Mais dès que que je parle de jeûne, il faut que je remette le couvert.
    Lorsque j’ai un petit creux, j’attends le trou normand et
    Parfois je mange comme quatre, en deux temps trois mouvements.
    Alors avant de manger mes mots je vais être raisonnable,
    J’ai des choses à vous raconter, il est temps de passer à table.


    C’est une jolie contradiction, dans ma cuisine je vis ravie.
    Je trouve plus de légèreté où s’amoncèlent les calories.
    Qu’importe la matière grasse, je fais mitonner matin et soir,
    c’est une façon de mettre un peu de beurre dans mes épinards.
    Parfois j’en ai ras-le-bol quand je ne suis pas dans mon assiette,
    Chagrine, je regagne ma cuisine, et là je chante à tue-tête,
    Je chante comme une casserole mais j’ai un joli coup de fourchette.
    Voilà, j’ai du pain sur la planche pourtant je n’en perds pas une miette.

    Il arrive que l’ennui s’invite dans notre train de vie de nantis,
    Alors que les frigos sont moins remplis que les armoires à pharmacie.
    J’ai un ami Insupportable qui me Téléphone sans arrêt,
    Il parvient à garder la ligne bien que toujours très occupé.
    Il me dit que son père ne dort plus sans prendre ses calmants
    et que sa mère ne travaille plus sans ses excitants.
    Pardonnez-moi si je vous dis que la pilule est amère,
    Être heureux et vivre mieux serait-il si pénible à faire ?
    Vivons sans l’ordonnance de ces traitements qui nous dépossèdent,
    Soyons indépendants et aux grands maux SANS les grands remèdes.

    Il est dit qu’une grande partie de la planète cherche, en vain, à se nourrir,
    Alors que de l’autre côté on peine à moins manger seulement pour maigrir.
    Il semblerait que quelque chose cloche.
    La faim du monde, ébauche et débauche.
    Deux poids deux mesures, pesant comme un monde à double régime,
    la guerre de masse que l’on montre du doigt quand la maigreur désigne le sublime.
    Planète à deux vitesses qui balance entre poids et contre-poids tarés,
    Seulement faut-il avoir pitié de l’envie ou bien faire envie que pitié.
    Une entité mondiale avec un gros poids sur l’estomac et un tout petit pois comme intellect.
    Apprendre à considérer chaque bouchée comme un luxe, assis du bon côté de l’assiette.

    A travers la grille qu’il nous est défendu de franchir,
    sommeillent et veillent les plats interdits, tous les mets à fuir.
    Lipides, glucides, protéines et autres nutriments majeurs
    Sont comptés, répertoriés et soumis au calculateurs.
    Lors de diners d’exceptions parmi nos Visiteurs ravis,
    Ne jamais baisser la garde et que trépasse si je faiblis.
    Malgré tout, rappelons nous que la faiblesse n’épargne personne,
    Nous avons déjà bravé l’interdit et finalement croqué la pomme.

    Lorsqu’on a la chance de vivre comme un coq en pâte,
    on aime se soigner, bien manger, alors on se gâte.
    Il faut prendre soin de faire de bons choix raisonnés,
    Et de bien contrôler tout ce que l’on va manger.
    Avant de le précipiter au fond du panier,
    Savoir veiller au grain et tout décortiquer.
    En somme, je dirais qu’il faut marcher sur des œufs,
    Afin d’éviter un incident trop fâcheux.
    Il faut vivre chaque jour sans savoir à quelle sauce on va être mangé,
    Puissions-nous prendre le bouillon sans perdre quelques plumes à la volée.


    « Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger. » – Molière/Socrate

    Papa Mambo (On est foutu on mange trop !) – Alain Souchon

  • Garde la pose

    D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu l’esprit de contradiction,
    ce qui me pousse à chercher une opposition systématique en toute chose, un peu comme envisager le négatif avant l’image elle-même.
    Être objectif en tout sens, c’est peut-être cela le vrai de la photographie.
    Et si elle est ma passion première, il se trouve que j’aime aussi écrire, mettre chaque mot en lumière, trouver la bonne définition et finir mes phrases en mise au point final.
    Entre les mots et la photo, et de mon plus simple point de vue, je vais tenter ici de développer.


    A ceux qui ont eu la chance de s’essayer à la photographie argentique, vous comprendrez pourquoi cela est très révélateur.
    En tout point négatif nous pouvons trouver de l’intérêt, bien que parfois les couleurs trichent un peu et jouent sur la sensibilité, poussant jusqu’à nous mettre à rude épreuve.
    Une drôle d’impression à laquelle nous nous exposons à chaque fois que l’on a quelqu’un dans le collimateur.

    Un résultat négatif qui me réjouit

    Bien qu’utile dans certains cas, je n’aime pas le mot trace, cela me semble comme une tâche.
    Bien entendu, je pense ici à celle que l’on suit et non à celle que l’on essuie.
    Il y a donc des traces que l’on veut garder, des souvenirs vivants, des mouvements immobiles, de la mémoire vive.
    Une photographie, une petite goutte de temps volé, un arrêt sur image,
    un évènement anodin qui prend tout son sens affectif sous la forme d’un souvenir agréable et rassurant, dans un joli cadre sur un mur ou sur le bord d’une cheminée.

    Pose photo et pause café

    C’est un peu tiré par les cheveux, mais la pellicule pourrait bel et bien être l’ancêtre de notre indispensable carte mémoire.
    Mettez-vous bien cela dans la tête !
    Symbole de l’univers photographique et cinématographique, elle se développe par des traitements argentiques.
    Cette époque dépassée n’a plus guère à dépenser : Fallait-il à l’age de bronze, rouler sur l’or pour ces petits rouleaux d’argents.

    C’est un peu tiré par les cheveux que d’affirmer que la pellicule est obsolète

    Je tentais une mise en abyme à l’aide de mes précieux appareils, lorsque mon chat est arrivé pile poil.
    A la réflexion, chaque artiste n’appose t’il pas sa propre griffe ?
    Par reflex, j’ai laissé s’installer le modèle qui, prenant déjà la pose, restait sage comme une image.
    Et si je me dispensais d’un travail chromatique ennuyeux ?
    La gestion de la balance des couleurs n’a pas fait le poids, j’ai penché pour la monochromie afin de rompre la monotonie.
    Cela m’est apparu tout à fait évident , ce sera une photographie en noir et blanc.

    Sage comme une image

    Photographier, c’est une attitude, une façon d’être, une manière de vivre.Henri Cartier-Bresson

    Paul Simon – Kodachrome

  • Les sens en éveil

    Dans le tumulte actuel de nos vies où règne un grand désordre, tout est sens dessus dessous.
    Qu’il soit propre, pratique ou figuré je me fie et confie à mon sixième sens
    l’envie de pousser à son paroxysme le plaisir des cinq autres.
    Pour ne pas aller dans le mauvais je m’arme de bon sens, mais c’est bien sur !


    La mémoire d’une saveur gustative est probablement la plus vivante, forte et indélébile.
    Lorsque notre palais met en surbrillance un récit de notre passé c’est la renaissance du souvenir qui nous remplit de joie.
    Marcel n’a t’il pas magnifiquement conté l’histoire de la madeleine de son enfance,
    dont le goût retrouvé bien plus tard le replonge dans sa jeunesse ?
    Moi j’ai choisi la pomme, je n’ai pas de Madeleine, mais la prochaine fois je vous apporterai des bonbons…

    Une caresse, un frôlement, un effleurement, je connais tout sur le bout des doigts…
    Si je touche du bois, j’espère que j’aurai la chance de sentir son essence, de deviner sa peau
    et sans prendre de gants bien sur, cela ne m’a pas effleuré l’esprit.
    Quand enfin, par le seul échange tactile, je parviens à le redessiner, à le voir, je ne touche plus terre.
    C’est une grande révolution, oserais-je dire une déclaration des doigts de l’homme.

    J’aime bien fourrer mon nez partout.
    Cela ne plait pas toujours et il arrive que l’on m’envoie sur les roses !
    Tant mieux, j’en respire leur bouquet à plein nez !
    Je veux respirer la joie de vivre, flairer les bonnes affaires, me mettre au parfum et surtout voir plus loin que le bout de mon nez !

    Qu’importe la valeur ou le nombre l’Ouïe est le roi des sens !
    Je les imagine déjà ceux qui ne l’entendent pas de cette oreille et qui s’empresseraient bien de venir tirer les miennes.
    Mais ne nous emportons pas, c’est beaucoup trop de bruit pour rien et sachons entendre raison.
    Empoignons marteau, enclume et étrier et essayons de nous forger l’oreille absolue !

    Il y a tant de belles choses autour de nous.
    Certainement trop pour nous qui ne les percevons pas. Nous ne faisons qu’entrevoir.
    Trop nourris par tant de beauté, nous avons les yeux plus gros que le ventre.
    A la fin du jour, il m’arrive de m’étonner alors que j’assemble les images que j’ai vu défiler. Rien dans le tableau n’a vraiment de sens.
    Je n’ai pas pris le temps d’observer, de contempler ou discerner les détails de mon quotidien.
    Ne marchez plus à l’aveuglette, voyez ! regardez !
    Cela ne coute rien d’essayer, pas plus que les yeux de la tête…
    Je ne fais que conseiller, je ne me permettrais pas de vous policer, c’est une simple mise en garde… à vue.


    Les 5 sens – Grand Corps Malade

  • Les mains dans la terre

    Petite-fille de paysans, je suis fière de mes origines.
    Voir mes grand-parents travailler les mains dans le sol m’a appris à garder les pieds sur terre.
    Entre labour et labeur, j’ai des histoires à raconter à la pelle,
    mais il va falloir que je pioche parmi les meilleures.

    Les histoires aussi se ramassent à la pelle

    Curieusement, c’est lorsque l’on a la main verte que l’on a le plus souvent les ongles noirs.
    Parfois, alors que je jardine, je regarde les rangées de terre grasse sous mes ongles et les sillons colorés de mes doigts, cela me donne le sourire.
    Je pense aux mains de ma grand mère, elle qui n’avait de cesse de mettre la main à la pioche.
    Finalement la pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre…

    Le fruit du labeur

    Il faut attendre les semailles et les moissons pour espérer découvrir le blé en herbe.
    La culture n’est pas chose aisée.
    Raisins de la colère ou fleurs du mal, sachez que pour faire prendre racine
    il ne faut jamais bayer aux corneilles et toujours savoir tirer l’eau de la fontaine.
    Finalement, après le blé nous pourrions planter des radis, mais saurions nous choisir entre le rouge et le noir ?

    Les épis blonds dansent sous le soleil

    Du pain, du vin, du fromage.
    Heureux qui a du pain sur la planche et n’est pas contraint de mettre de l’eau dans son vin.
    Un frugal déjeuner après l’effort, le pain fermement pétri échange des saveurs parfumées avec le vin au tanin expressif.
    Mais inutile d’en faire tout un fromage d’autant que cela me rendrait chèvre !

    Un bon réconfort après l’effort

    Aujourd’hui, lorsque je croise sur mon chemin de vieilles fermes abandonnées,
    il me semble entendre les murs raconter la vie de ceux qui y ont vécu durant des décennies.
    Je pense à l’histoire de ma grand-mère,
    je pense aussi à celles contées par son frère, mon grand-oncle écrivain Paul Vezinet,
    dont l’un des derniers romans porte un regard sur 150 ans de vie cévenole.

    Les murs nous chuchotent des histoires

    « Les paysans sont sans cesse au travail et c’est un mot qu’ils n’utilisent jamais. »
    Anton Tchekhov

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    Résumé du livre « Au pied de l’Aigoual », Paul Vezinet

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    Le Loir-et-Cher, Michel Delpech

  • La beauté subjective


    Je partage avec vous aujourd’hui ces quelques photos un peu particulières.
    J’ai toujours clamé que la beauté n’est que subjective.
    Elle fait appel à notre sensibilité personnelle, nos propres goûts, aussi liés à notre vécu.
    Ainsi un objet même des plus anodins, un objet banal, peut présenter autant d’intérêt que tout autre sujet,
    avec un peu moins d’esthétisme mais peut-être plus de sens.
    En voici quelques exemples.

    Il nous arrive d’oublier de nous concentrer sur le cours de nos existences,
    alors que s’exposent devant nous les valeurs de notre propre vie et leur sens.
    Notre esprit s’éparpille et s’enfuit vers la paille des autres sans grande importance.
    Nous nous évadons vers le superficiel délaissant l’essentiel, notre substance.
    Sous couvert de philosopher sur la perspective de la vie sans complaisance,
    je n’y suis pas allée avec le dos de la cuillère, c’est une évidence.

    C’est un fait, les idées les plus brillantes sont souvent les plus spontanées.
    Pourquoi toujours gaspiller son énergie à vouloir tout compliquer ?
    Nul besoin d’être une lumière pour emprunter le chemin le plus court.
    Sans abuser de nos ressources qui se tarissent un peu plus chaque jour,
    le soleil subvient souvent à mes besoins par sa chaleur que je savoure.

    Qui n’a jamais joué au jeu des nuages qui se dessinent dans le ciel ?
    L’imagination s’envole vers ses blanches barba-papas comme réelles.
    Tel un défi lancé j’accepte de jouer avec le feu qui me guette.
    Il me provoque de son regard de braise pour que je craque l’allumette.
    La flamme s’anime et s’amuse en dansant dans le souffle du vent joyeux,
    l’ambiance est heureuse sous les crépitements, nous avons ri tous les deux.

    Lorsque j’ai eu besoin de l’argent que j’avais durement amassé,
    Mon affable banquier m’a appris que mon épargne était gelée.
    Je l’ai invectivé, cet argent que j’ai mis de coté est à moi !
    Il m’a répondu de façon assez gauche qu’il avait tous les droits.
    Pour briser la glace j’ai décidé de prendre un peu de recul,
    D’ici quelques temps j’aurai une avance sur mon petit pécule.

    J’aime bien utiliser un verre d’eau pour mettre des images sur mes mots.
    Lorsque mes réflexions bouleversent les reflets de mes photos.
    C’est ainsi que j’ai appris que l’on pouvait manipuler les éléments.
    Certains diront que c’est tricher moi je préfère parler d’ajustement.
    Quand parfois se renverse la vie et que tout est bouleversé,
    Il faut apprendre à inverser nos pensées pour regarder par le bon côté.

    Cette photo s’appellerait-elle La maison ou bien Les livres ?
    En tout cas un endroit à la page où il fait bon vivre.
    Bâtie sur manuel, du sol au plafond s’entassent des pavés lourds.
    De la main-d’œuvre littéraire qui cimente les grandes histoires d’amour.

    « La beauté est dans les yeux de celui qui regarde. »Oscar Wilde

  • Des gens dans la rue

    C’était il y a quelques années dans les rues de Montpellier.
    Quelques artistes de rue, des sourires, des gens esseulés.
    Et puis il y a moi, de l’autre côté de la scène.
    Moi, la spectatrice qui s’émeut, qui sourit, qui a de la peine.
    Moi qui tente de figer ces instants pour ne pas oublier.
    C’était il y a presque 10 ans, où sont-ils ces gens que j’ai croisés…

    L’homme de la liberté, comme j’aime à l’appeler.
    Il était comme un penseur, une statue figée, privé de tout mouvement, sans la moindre liberté.
    Les passants autour de lui ont bien essayé de le déconcentrer. Mais imperturbable et impassible, l’homme-statue n’a jamais bougé.
    J’ai mis une petite pièce dans son chapeau modeste. Finalement c’est moi qui ai fait un petit geste.

    De chair et d’os

    Au détour d’une rue j’ai croisé ce couple qui m’a poliment demandé un peu de monnaie.
    J’ai eu l’audace de leur proposer en retour d’accepter de poser.
    Ils m’ont offert un sourire en échange de bon procédé.
    Je suis repartie bien plus riche qu’avant d’arriver.

    Garder le sourire

    Le visage de la dame au fauteuil s’est illuminé à la vue de ce petit chien tout agité.
    Ainsi, de simples rencontres nous rappellent que le bonheur est souvent à notre portée
    et qu’il nous faut nous adapter, quelles que soient nos vies et nos réalités.
    Si tu veux une pomme va la chercher…
    Si la pomme est trop haute, prends un bâton.
    Si la pomme est abîmée, ne mange que le bon côté.
    Si elle n’est pas mûre, sois patient.
    Si elle l’est trop, fais-en de l’engrais.

    Se souvenir des belles choses

    Cet homme endormi au coin de cette rue,
    n’avait probablement pas aperçu la flèche qui pointait vers lui.
    Cette invitation à rejoindre son triste club, moquerie de la vie et triste ironie.
    Le club des gens probablement trop seuls, auquel évidemment personne n’accepte d’adhérer.
    Un espoir de vie trompé, une carte d’infidélité.

    Rejoignez notre club

    Que je fus frappée par le son de la scie musicale, elle vous emporte l’âme.
    C’était à couper le souffle et très vite je tombais sous le charme.
    Entre deux morceaux le saltimbanque tournait lentement sa manivelle,
    L’orgue de barbarie entonnait alors une nouvelle ritournelle.

    La scie bémol

    Ma pensée au moment où ce cliché a été pris : où est cette femme sur la photo et que fait-elle à cet instant précis ?
    Pendant que lui traque son prochain repas, le boire et le manger qu’il lui faudra trouver,
    la belle ne sait surement pas qu’elle le foule à ses pieds.
    C’est cette étrange idée qui me fait songer, non sans indifférence, au curieux déséquilibre de la vie.
    Un jour on danse quand l’autre plie, un jour on pleure quand d’autres rient.

    La belle et la bête

    L’étrange homme-tortue paraissait courir deux lièvres à la fois.
    Alléger son paquetage pour pouvoir avancer. Fouiller dans les parages et trouver d’autres objets.
    Cette cigale là a déchanté tout l’été. C’est à pas de fourmis qu’elle tentera d’avancer.
    S’il est gueux comme un rat d’église, dans les villes ou dans les champs, on espère qu’enfin aujourd’hui la vie lui sourit.

    Ma maison sur mon dos

    Qu’il est bon et joyeux l’air d’accordéon, lointain souvenir du mariage de l’oncle Léon.
    En attendant ce tramway que je nommais vraiment désir, j’ai écouté ces notes avec le plus grand des plaisirs.
    J’ai aimé ce contraste temporel porté par cette musique d’une époque ancienne,
    dans un décor d’un tout autre temps, animé, urbain et moderne.

    “Une rue, c’est ce qui va quelque part. Ça marche de chaque côté de nous comme une procession.”Paul Claudel

  • Thé ou Café

    C’est un fait, je n’ai pas inventé l’eau chaude et je n’ai pas la science infuse.
    Saurais-je alors me préparer une tasse de thé dont je raffole et abuse ?
    Sans prendre tout au pied de la lettre, j’aime le Thé.
    Qu’il est heureux le moment d’une tasse parfumée.
    Je frémis de bien-être tandis que l’eau en fait autant,
    je choisis le parfum, ce sera noir, vert ou blanc.
    Alors que je plonge mon thé dans le liquide brûlant,
    mon sucre coule au fond et se répand doucement.
    J’arrose d’un filet de citron et je brasse lentement.
    Je nage dans le bonheur, je suis prête à boire la tasse, tout simplement.

    Le thé, un Bref moment de tranquillité sans pépin

    Il y a tellement de façons de choisir son café…
    Un café sur le pouce quand on vous met à l’index.
    Un petit café court quand on trouve le temps long.
    Un grand café noir pour combler un blanc.
    Un café instantané quand on veut prendre son temps.
    Un café allongé pour pouvoir se lever.
    Un café au lait quand tout va de mal en pis.
    Un café en grain quand on est moulu.
    Il y en a bien d’autres mais j’ai préféré filtrer,
    En abuser serait un peu fort de café !

    Un petit grain de folie dans mon café !

    Un jour de grisaille, comme dans un vieux film en noir et blanc,
    une blonde impassible attend patiemment son amant.
    Pensive devant son café dans ce vieil estaminet,
    rougissant secrètement de leur cinq-à-sept éhonté.
    Imaginant leur tête-à-tête elle boit du petit lait.
    L’amour est-il soluble consommé à la dérobée ?
    L’homme fort et robuste entrera par la porte d’alcôve,
    Langoureusement ils s’en iront prendre le café du pauvre.

    Café noir pour nuits blanches

    Si je vous dis que j’ai un grain me croirez-vous ?
    J’ai un grain de beauté, une petite coquetterie.
    Cela rend un peu jolie alors parfois je fais mouche.
    Quelquefois j’ai aussi un petit grain de folie,
    Vent de fantaisie qui me donne le sourire à la bouche.
    Si quelque chose d’audacieux et de curieux m’interpelle,
    Je m’en mêle et j’adore mettre mon petit grain de sel.
    Disserter sur le café, qu’il soit en grain ou en poudre,
    Fut un exercice qui m’a donné du grain à moudre.

    Être sure que le café est toujours prêt, je veille au grain

    Certains diront : Tempête dans une tasse de thé !
    La philosophie du thé est ainsi jugée,
    parfois méconnue ou simplement ignorée.
    Il s’agit là d’un rituel voire d’une cérémonie,
    une hygiène, un exercice, une précise géométrie.
    A son usage est lié le culte de l’imparfait,
    un art appliqué pour accomplir méthodiquement,
    ce geste simple mais organisé et apaisant.

    Les feuilles de thé nous déroulent leur tapis d’arômes

    « Le café est un breuvage qui fait dormir quand on en prend pas. »Alphonse Allais

  • Comme le jour et la nuit

    C’est au crépuscule de sa journée qu’il est temps pour le soleil d’aller se coucher.
    Solennellement, il revêt sa chemise de nuit étoilée, constellée d’astres scintillants et dorés, et se glisse lentement dans ses beaux draps d’horizon renversé.
    Abrité sous son ciel de lit en ruban lacté, il compte les moutons qui disparaissent dans le noir, obéissant aveuglément à l’étoile du berger.
    Ces gros nuages abandonneront peut-être la pluie et les petites gouttes de nuit le berceront de leurs chuchotis.
    Le roi soleil s’endort alors avec délice.
    Faisant place à la lune qui trône en son royaume, l’astre nocturne aux reflets monochromes.
    Le soleil rejoint enfin Morphée, il s’éclipse.

    Quand le soleil monte se coucher

    Où vont ces gens qui marchent dans la nuit et semblent tout droit sortis d’un tableau de génie.
    On sent l’artiste écorché devant sa toile inspirée, les couleurs sur la palette se fondent en dégradé.
    Et quels grands maîtres l’ont inspiré !
    La faim de l’artiste assouvie auprès de Buffet, plié en révérence devant l’œuvre de Courbet ou un soupir d’apaisement quand Soulages peint ses nuits charbonnées.
    Les gens de la nuit ne croisent pas le marchand de sable, tout est question de plage horaire,
    les gens du soir ont ce vague à l’âme indéfinissable, mélancolie aux couleurs de la mer.

    Les petites huiles sortent du tableau la nuit

    Certains rêvent de décrocher la lune. Qu’en feraient-ils donc par Jupiter ?
    Arracher son satellite à notre vieille Terre, laisserait un trou noir dans le ciel nocturne.
    La conquête de l’espace ne fait pas de quartier, ce petit pas pour l’homme qui cherche un pied-à-terre,
    le rêveur est dans la lune à bord de sa fusée, tandis que vue d’ici on a le nez en l’air.
    Et puis elle est si changeante qu’on la dit lunatique, tantôt jeune, tantôt vieille, cela va croissant.
    Au clair de la lune dans ma vision télescopique, je plonge ma plume dans le noir du firmament.

    La nuit, par sa lumière lunaire, nous porte de sages conseils éclairés

    Je me souviens que la dernière fois que j’ai passé une nuit blanche c’était après une journée noire.
    J’avais traversé le monde dans un rêve tout éveillé, du petit matin jusqu’au soir.
    D’un coté le soleil me saluait de son bonjour, de l’autre la lune me souhaitait bonne nuit.
    J’ai compris l’infortune du décalage horaire, syndrome du long voyage au bout de la nuit.

    Le syndrome du décalage horaire

    Lorsque j’observe le petit jour à travers ma jumelle
    j’ai une longue vue sur le tout ciel,
    je peux aller plus loin et par-delà le soleil
    jusqu’à effleurer son toit Majorelle.
    Je suis comme au spectacle, les yeux rivés sur ma lunette,
    j’espionne le jour par le petit bout de la lorgnette.

    Observer le ciel à travers ma lentille sans perdre le contact

    Il est une expression qui dit « long comme un jour sans pain ».
    Le soleil point entre les grains d’avoine, de blé, de lin,
    le vent leur ordonne de danser, ils marchent à la baguette,
    on entend presque le doux son de la flûte, quasi muette.
    Moi j’aime ces jours où l’on prend le temps d’égrener les heures,
    se vidant l’esprit et s’allégeant de tout labeur.
    Sous la chaleur du soleil. Louant la lune et sa fraicheur.
    Parcourant le jour, traversant la nuit, en apesanteur.

    Fuite de soleil dans un champs d’avoine

    « Je suis un vieux mangeur d’étoiles et c’est à la nuit que je me confie le plus aisément. » – Romain Gary

  • Le rat de bibliothèque

    Le mélange des genres peut vous paraitre audacieux, voire même curieux.
    Je m’essayais à imaginer les pensées de ces auteurs ; plongée furtive dans leur imaginaire, comme une petite fenêtre qui se serait ouverte dans une nouvelle dimension éphémère.
    Vous noterez qu’il n’y a pas de dame, certainement pour pousser l’expérience à son paroxysme, cultiver l’inconnu jusqu’au bout de l’âme.
    Mes propres mots sont bien petits autour de ces génies, je m’en excuse par avance et m’en remets à votre indulgence.

    Je vais vous faire un brin de causette. Quelques mots couchés sur le papier à lettre.
    Ce poète écrivain de génie qui conta l’histoire de Notre Dame de Paris, nous a laissé comme une évidence, la légende des siècles où le travail de toute une vie.
    En pensée, voilà que je me rends à son vieux bureau.
    Un portrait règne en maitre et veille.
    On peut sentir l’odeur de l’encre mêlée à celle de la poudre acre, car c’est ici que naquit Gavroche l’enfant des rues, issu du chef d’oeuvre qui n’a de Misérable que le nom, et dont on connait le sacre.
    Je coupe court à cet aparté, à coup de H comme Hugo.
    Monsieur, malgré les œuvres de vos contemporains, voisins de palier sur ma bibliothèque organisée, c’est l’un de vos romans prestigieux que je relirais, si je devais vivre les derniers jours d’un condamné.

    Sous la plume de Victor Hugo

    Ce fil rouge est consacré à l’auteur de la ligne verte.
    Que je n’aimerais pas trainer dans les couloirs de son inconscient.
    Écrivain fantastique, le roi de l’horreur a le sang chaud pour dépeindre avec sang froid les cavaliers de l’apocalypse.
    C’est de sa faute si le vieux clown au nez rouge ne nous fait plus hurler de rire, il incarne désormais le mal et l’épouvante et bien pire.
    Je le vois cloitré dans sa tour sombre, entouré de ces âmes au pouvoir maléfique, œuvrer sur ses pages vendues en grand nombre,
    fruit du travail de sa plume prolifique.

    Stephen King, les pages écrites au sang d’encre

    Que les fleurs du mal me font du bien.
    Je les ai cueillies une par une et solennellement rangées dans un vase de spleen, la fusion de leur sens a empli lentement l’espace de sa tristesse divine.
    Ce bouquet de mélancolie nous rappelle qu’il n’y a pas de roses sans épines,
    et qu’il y a peu de choses ici qui ne nous peine ni nous chagrine.

    Les pages jaunies et cornées de ce recueil que j’ai inlassablement tournées

    Dans un songe d’une nuit d’été, comme dans un rêve éveillé, j’étais Juliette fille de Capulet qui s’est promise à son Roméo.
    Comment ne pas imaginer l’auteur des amants de Vérone puisant son inspiration outre tombe,
    sans cesse tourmenté par la question désormais scellée : Être ou ne pas être.

    Roméo et Juliette, les âmes en peine

    Tous mes sens en éveil, je referme le livre.
    L’odeur envoutante de la lavande, le concerto strident des cigales, le gout anisé du petit jaune, la vue panoramique de la garrigue solide et la terre rêche entre mes doigts, lourde comme une boule de pétanque.
    Je referme les yeux. Je suis sur le vieux port, j’aperçois les joueurs de manille, la partie a commencé.
    A travers le carreau, j’observe. Dans la bataille, les dames mènent le jeu, elles jouent leurs atouts lorsque l’un des joueur baisse sa garde, qui s’y frotte et s’y pique. Il se couche à sa botte sans faire un pli : tu me fends le cœur !

    « Tu me fends le cœur ! »

    « Quand je pense aux livres de chevet de certains de mes amis, je me demande comment ils font pour se réveiller. »Marcel Achard

  • Quand la musique est bonne

    J’ai tricoté une écharpe de musique, une note à l’endroit une note à l’envers, un petit contrepoint, un petit contretemps, un cache col pour la saison basse quand le vent souffle et trompette.
    D’aiguille en crochet, j’ai réalisé des simples et des doubles croches.
    Mon étole sera ronde car je n’ai pas la mesure, et pour le ton ce sera une noire ou une blanche.

    Il est de bon ton de dire que la musique adoucit les mœurs, alors j’ai voulu mettre un disque, mais c’est toujours la même chanson.
    Comme je connais la musique, même si je n’ai pas l’air comme cela, j’ai décidé de changer de refrain.
    De concert avec moi même je me suis mise au diapason et j’ai fait comme ça me chante. En avant la musique !

    Les notes sont perchées sur la portée comme des oiseaux sur les fils électriques.
    Cela étant, le rossignol, la caille et le coucou deviennent instruments le temps d’une symphonie pastorale de Beethoven.
    Ce phrasé musical qui résonnait en lui à touché la corde sensible et certainement des trémolos dans la voix, il a fredonné la partition.
    Ce fut réglé comme du papier à musique.

    Je n’ai pas percuté tout de suite mais je pense que l’on aime pas ma musique. Chanter à tue-tête est un bon moyen de se faire sonner les cloches.
    Se pourrait-il que je fasse si mal qu’il en pleuve des cordes pour de bon ?
    Qu’à cela ne tienne j’ai la guitare qui me démange de tout mon long.
    Plutôt que de faire comme cela me chante à cor et à cri, je préfère partir sans tambour ni trompette.

    « La musique savante manque à notre désir » – Arthur Rimbaud

  • Deux mots à vous dire

    L’écrivain en manque d’inspiration se met la rate au court-bouillon, de culture, mais quand les mots ne viennent pas glisser sous son encre, il sèche.
    En quête de nourriture spirituelle, il dévore les écrits d’autrui qui le mettent en appétit.
    Enfin, ivre de connaissance, il lutte tout son soûl contre la page blanche, et c’est un coup dans le nez dont il aura tiré les vers qui lui redonnera le gout de l’épître à l’instar de Baudelaire.
    Ces hors-d’œuvre qu’il avalera tout cru puisqu’il ne mâche pas ses mots, quand enfin repu il retrouvera ce qui lui revient : la patte de l’écrivain.

    Pour voir la vie en rose il faut avoir la main verte.
    Tant pis si sa belle lui en fait voir de toutes les couleurs, quitte à se faire des cheveux blancs, il faut ouvrir son cœur.
    Alors à la façon d’un cordon bleu il va lui faire du plat, espérant qu’il n’y ait pas de résistance.
    Puis il lui dira les mots que l’on dit avec les yeux, ceux de ce grand monsieur parti vers d’autres cieux. Il lui dira les mots bleus.

    Afin de faire pencher la balance je me suis risquée aux gros mots.
    Ce n’était pas très fin, désormais je pèse mes mots.
    Quelle somme de ces mots peuvent contenir tous ces ouvrages ?
    Ils en ont fait des tonnes, ils en ont fait des tomes.
    Cependant que le mot « livre » n’est parfois qu’une demi-mesure lorsqu’on y pense, le volume de ses mots cache bien souvent des œuvres lourdes de conséquences.

    L’amour épistolaire, très usité naguère, emploie à son apogée le mot « aime » et à son périgée le mot « haine ».
    De lettres de noblesses en lettres ou les maux blessent,
    il est difficile alors d’aimer sans mot dire.
    Nous dirons qu’un amour naissant est plus que parfait, mais qu’à présent déchu il est imparfait.

    Les mots qui courent sur le papier n’ont pas toujours bonne presse.
    Sa liberté tient-elle à sa plume qui trace les mots qui s’envolent tel le canard parfois plus déchaîné qu’enchaîné ?
    C’est un paradoxe : Je lis dans mon journal les nouvelles de la veille qui ne sont donc déjà plus si nouvelles et les actualités pas si actuelles.
    A contrario ce que l’on appelle revue n’a encore jamais été lu.
    J’ai été vraiment froissée et cela m’a mise en boule, quel renversement de situation ! Il ne m’a pas fait bonne impression.
    Mon curieux journal quotidien est écrit dans la langue de Molière,
    c’est une feuille de chou qui conte des salades où il n’y a pas un ver.

    « Quiconque veut trouver quelques bons mots n’a qu’à dire beaucoup de sottises. » Jean-Jacques Rousseau

  • L’affaire Tournesol

    L’un des grands maîtres de la peinture en a fait un tableau.
    C’est impressionnant, si vous tendez bien l’oreille vous entendrez le bruissement de leurs feuilles charnues lorsqu’ils s’offrent au soleil.
    Sans jamais perdre le nord, aidée de ma boussole, je veille autant sur le sud au pied des tournesols.

    « Tournesols dans un vase » – Vincent Van Gogh

    Ainsi, l’artiste a choisi ces hélianthes pour peindre de son vivant sa nature morte.
    Rangés dans un vase en terre cuite dans sa chambre couleur pastel,
    Que ne les préférait-il en terre crue sur une large aquarelle.
    Vive déclinaison de jaunes tel un arc-en-ciel d’agrumes,
    comme un soleil de sa naissance jusqu’à un âge qu’on assume.

    Les fleurons des tournesols dessinent des spirales qui tournent dans le sens des aiguilles du montre, ou en sens inverse

    Si j’osais jouer les notes au pied de ce champs,
    Je tournerais le sol au son de ma guitare,
    l’instrument bien huilé se donnerait au soir,
    Graine de musicienne j’entonnerais un autre chant.

    La graine de tournesol, une petite note salée, qui ne coûte pas cher

    Merveilleuse source de pollen pour les abeilles, tournées le jour vers le soleil, elles savourent leur lune de miel quand la nuit veille.
    Lorsque parfois j’ai le bourdon, j’observe l’insecte entamant en chaîne son tour de piste afin d’aller servir sa petite reine.
    Privilégiée, j’assiste à l’offrande de cire à sa majesté.

    Le tournesol usine à produire le pollen à ces ouvrières consciencieuses

    Riche fleur aux pouvoirs nombreux, son huile de jouvence et précieux soin ad hoc, nous fera rire de nous voir si belle en ce miroir.
    C’est ce que nous dirait le Professeur un peu dur de la feuille, de Tournesol bien entendu.
    Ainsi s’achève cette aventure animée de jaune d’or,
    en image sur ce champs rempli de tant de richesses, en un mot comme en cent :
    Mille millions de mille trésors !

    Une foule de tournesols un doux matin de juillet

    « Réaliser des esquisses revient à planter des graines pour faire pousser des tableaux »Vincent Van Gogh

  • Dans ces eaux là

    Que j’aimerais trouver le temps d’écrire plus. Inutile de faire couler beaucoup d’encre, seulement quelques gouttes, de celles qui ont fait déborder le vase.
    Si je ne peux partager cette prose, alors me faut-il me noyer dans un vers ?

    Sachez que j’ai beaucoup de pain sur la planche.
    Pétrie de doute, je travaille à apprendre toujours, afin d’apporter de l’eau à mon moulin.
    Ne jamais baisser la cadence si l’on ne veut pas finir sur la paille ou fauché comme les blés.

    Il faut apprendre de ses erreurs si l’on ne veut se retrouver le bec dans l’eau. Mieux vaut un nez sec plutôt qu’un échec.
    A coups répétés d’épée dans l’eau on devient vite potiche car tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise.

    Je prends un peu de liberté mais sans être oisive, à la vue d’un bon livre voilà que je salive.
    Si un copieux roman me met l’eau à la bouche, un livre à l’eau de rose ne me sied ni ne me touche, et je doute que je m’émeuve à la lecture d’un roman fleuve.
    N’espérez pas me conter fleurette car cela tomberait à l’eau.

    Dans mes pensées je réfléchis, le miroir doré aussi.
    Il flotte et partage son reflet avec celui de l’eau claire. Il renvoie mon image et m’annonce aussi sec que l’on se ressemble comme deux gouttes d’eau.
    Je le trouve hautain ce miroir sans tain.

    Quoi qu’il advienne jamais je ne me décourage, quand la vie parfois tourne à l’orage.
    Je ne suis pas née de la dernière pluie, pas de précipitation pour attraper mon parapluie.
    Ce n’est pas un petit passage nuageux qui m’empêchera d’obtenir ce que je veux, et je ne jure que par l’espoir de laisser une petite trace de mes mots, même si je sais qu’il ne faut jamais dire : fontaine je ne boirai pas de ton eau.

    « Certes, il n’est vraiment pire que l’eau qui dort »Fabre d’Églantine

  • Dans l’air du temps

    Par les temps qui courent nous sommes toujours pressés.
    Pris de vitesse dans la course contre la montre.

    Mais rattraperons nous le temps pour autant ?
    Un brin de sagesse nous inviterait à méditer et réfléchir à ce sujet, à temps perdu…

    Sans aucune préméditation, j’ai osé un jour tuer le temps.
    Paix à son âme, c’est un temps mort.
    Dans l’air de son souvenir encore bien présent,
    je me suis dit qu’il avait fait son temps.

    A la recherche du temps perdu, j’ai trouvé le temps long, cela m’a prise de court.
    Je ne voulais pas y passer des heures alors j’égrainais les minutes espérant être secondée, à la bonne heure.
    Je suis en avance sur mon temps et je ne souffre aucun retard,
    sans quoi je n’aurais d’autre choix que de remettre les pendules à l’heure, voire à plus tard.

    Certains s’évertuent à gagner du temps, reprenant ce dicton familier qui prétend que le temps c’est de l’argent.
    L’intérêt n’est-il pas de se payer du bon temps ?
    Ainsi, n’en déplaise à ceux qui se croient nantis à tord,
    la richesse n’est pas dans le coffre, c’est ça le plus fort.

    Le temps passe inexorablement sans que l’on puisse l’arrêter.
    A présent que nous savons révolu ce passé,
    c’est simple et c’est ainsi qu’il nous faut composer.
    Profitons de chaque instant, partageons de bons moments et réalisons que même s’il nous est compté, il faut laisser le temps filer.

    « Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard » – Louis Aragon

  • Il n’y a pas un chat

    Je profite d’un moment de tranquillité, pour travailler sur mon ordinateur.
    Quand le chat n’est pas là, ma souris danse.

    J’ai un chat noir. Le chat noir porte malheur dit-on.
    Un tantinet superstitieuse, j’ai voulu rompre la malédiction.
    J’ai cherché du trèfle à 4 feuilles, un c’est bien assez,
    mais l’insolent félin ne l’a pas épargné et l’a croqué sans ménagement,
    et avec toutes ses dents.
    De mon trèfle ne me reste que quelques feuilles perforées meurtries, moi qui pensais avoir de la marge, je dois réviser ma copie.

    La souplesse légendaire du chat n’est plus à démontrer.
    La croyance populaire nous dit que le matou passe sa patte derrière son oreille, lorsque la pluie va arriver.
    A ce sujet, je me disais que si j’arrivais à faire pareil,
    il devrait forcément neiger.

    C’est avec cette agilité que dès potron-minet et jusqu’à la nuit,
    ou tous les chats soi-disant gris,
    à coup de langue au chat s’adonnent à leur toilette vétilleuse et minutieuse,
    alors qu’injustement jugé succinct débarbouillage,
    « faire une toilette de chat » se dit selon l’adage.

    Si je suis maitre de mes choix, je le suis bien moins de mes chats.
    Qualifié d’animal domestique, appelons donc un chat un chat :
    Je suis son hôtelier, sa ménagère, son groom, sa cuisinière.
    Qui donc est le domestique dans cette affaire ?

    En bon maitre que je veux être je soignerai matous,
    nulle question ici de chat dans la gorge, rassurez-vous.
    Poil soyeux, moustache fière et joli minois,
    un seul mot me vient quand je vois mes chats : beauté.

  • Dites-le avec des fleurs

    Je m’occupais de mes oignons, soigneusement plantés en rond, autour du saule pleureur du fond. (Ceci expliquant cela).
    C’est arrivé comme une fleur et cela m’a mis du baume au cœur.
    Ainsi le potager nous a fait ses petits secrets, avant le fruit ou après le légume. J’ai eu envie de partager ces quelques tableaux.

    Je ne vous raconte pas de salades, la chicorée est très fleur bleue.
    Non qu’elle soit romantique mais simplement une belle plante dont les fleurs, à dominante bleue, ont la particularité de changer de couleur en fonction des heures de la journée.
    Que de grâce dans un légume si commun, et je ne mâche pas mes mots.
    D’abord graine, puis fruit, puis fleur et puis graine à nouveau ; ainsi la boucle est bouclée, je devrais dire frisée…

    La fleur de lin est éphémère, elle nait le matin pour s’éteindre enfin lorsque la lune vient border le soleil.
    Utilisée en textile, sa tige contient la fibre à tisser : arrachage, rouissage, enroulage et teillage, c’est coton !
    Le lin produit aussi une excellente farine, riche et fibreuse. Mais avec ou sans fibre, préparez-moi de bonnes pâtisseries et croyez-moi, j’accepterai les cookies !
    Essentielle sous forme d’huile elle a décidément toutes les vertus, alors
    prenez-en de la graine et par poignées !

    Vous pensez peut-être que la carotte est une simple racine sans charme, et bien c’est râpé !
    Elle nous offre de jolies fleurs en forme de flocon ou de parasol, des fleurs finement découpées et très ornementales en bouquet.
    La racine n’est pas carrée mais se multiplie par elle-même et cela tombe bien car ses qualités sont nombreuses, ne dit-on pas qu’elle donne bonne mine et rend aimable.
    Savoureuses en plat chaud, c’est à nulle autre occasion que nous sommes ravis quand les carottes sont cuites.

    La fleur du persil d’un jaune-vert éclatant se dessine, elle aussi, en petits flocons appelés Ombelles.
    « Si la femme savait bien ce que fait le persil à l’homme, elle irait en chercher jusques à Rome. »
    Et puisque soi-disant tous les chemins y mènent, allons donc cueillir le persil, plat ou frisé, aux propriétés stimulantes.
    Notons qu’il aurait également des vertus contre l’anémie et favoriserait la coagulation. Alors pour ne pas se faire de mauvais sang, consommons du persil.

    Celle-ci est bien connue mais j’en profite pour la ramener, ma fraise.
    Cette petite fleur blanche est un futur fruit gonflé et juteux bordé d’un pédoncule, collerette qui porte aussi le nom de fraise chez nos nobles et royaux ancêtres. Justement reine des vallées ou garriguette, petits fruits si délicats, attention à la cueillette si vous sucrez déjà les fraises, autrement ce ne sera pas de la tarte.

    « Mettre du linge sur les salsifis »
    Voilà une expression populaire surannée qui signifie enfiler des gants, ce dont vous aurez justement besoin pour aller dénicher ces scorsonères à chair blanche, sous leur épaisse peau terreuse.
    La première fleur est violette ou jaune. J’ai préféré attendre qu’elle déploie ses aigrettes et là c’est le pompon, les graines dites akènes, se sont échappées, dispersées par le vent.


    Voyez la vie en rose, partagez vos pensées ou racontez vos soucis.
    Et dites le avec des fleurs !

  • Épilogue d’un dimanche

    Qu’il est bon de profiter d’un dimanche après-midi ensoleillé et doux.
    De ceux que l’on aime en lecture ou en musique, à l’ombre d’un vieux cerisier.

    Dans mon jardin les arbres sont très occupés : l’oiseau fait son nid, la pie est bavarde et rien n’épargne l’écureuil.

    C’est un carré de nature derrière chez moi, ou grandit un bel et fier cognassier.
    La saison n’étant pas encore venue, c’est un carré sans coing.

    Si je m’étais endormie dans les bras de cet arbre, lui et moi ne faisant plus qu’un,
    je ne me serais pas pour autant sentie vieille branche, trop en avance et de quelques décennies !

    Il n’est rien de plus reposant que de dévorer un bon livre au pied du sureau, surtout quand il n’y a pas de bouleau.
    Laisser les pages se tourner et les feuilles s’envoler.

    L’arbre et le livre. Le premier deviendra peut-être le second.
    Au fond, cela est une affaire de culture.

    A ce chapitre de ma journée, je suis partie au bout du monde et à travers une autre époque.
    Mais sachez lire entre les lignes, le voyage sommaire est imaginaire et sa légende est une simple note en bas de page.
    Mon livre s’achève à l’épilogue du jour. Cette nourriture spirituelle qui m’a mise en appétit est une invitation à la table des matières.

    Point final.

  • 50 nuances de gras

    « Bientôt l’été… être belle sur la plage… « 

    Quelques semaines avant l’été, les médias abondent de sujets remplis de bons conseils pour maigrir, à grand renfort de régimes tous plus fantaisistes les uns que les autres.
    Compter ses calories ? Et pourquoi ne pas s’aider d’un algorithme tant qu’on y est ?
    Moi, je pratique plutôt le théorème de ‘JEPICORE‘ dans le frigo autour duquel je gravite sans même une loi.

    Mais essayons de relativiser et avant d’observer la théorie du chaos dans mon estomac, j’en appelle à la sagesse de Mr Newton et je décide de croquer des pommes.
    Allons-y pour 5 (ou 4 ?) fruits et légumes par jour.

    Il est dit dans la genèse que la mère de l’humanité avait un jour croqué la pomme. Elle en fut blâmée.
    Néanmoins, si Eve parade toujours dans le plus simple appareil (pour ne pas dire en tenue d’elle-même) et sans le moindre complexe, nul ne peut lui reprocher sa ligne, en dépit de celle de sa conduite.

    Impatiente de voir pousser les bonnes tomates du jardin, je presse Sieur le Soleil, qui en connait un rayon, de leur envoyer un peu de sa bonne énergie.
    Tomate-cerise sur le gâteau, je les verrai rougir rien que pour mon plaisir !
    Tomate allongée ou debout, promis, je mangerai tout !

    Gorgée de vitamine C, l’agrume sent bon. Même remplie de son essence et n’en déplaise à Mr Kubrick, cette orange là est seulement botanique.

    Lorsque je mets la main au panier ce n’est que par gourmandise et puis croquer le fruit non-défendu n’est à l’évidence pas sottise.

    Leçon n°1 : Si une peau de pêche sans un cœur d’artichaut tu veux avoir, chasses les 50 nuances de gras au fond de tous tes placards.

  • Et si j’enlevais le bas

    On dit que le caméléon communique en changeant sa couleur.
    On dit aussi qu’il choisit sa couleur en fonction du support sur lequel il se tient.
    Je sais que ce dernier point est faux, puisqu’en réalité il change de couleur en fonction de son humeur.

    C’est en m’asseyant près des fleurs du jardin que j’ai eu envie de me fondre à mon tour dans le décor. Par quelle couleur commencer ? je ne sais déjà plus sur quel pied danser…

    Ce sera le rouge. Camus le sait, mai est la saison rouge, cerises et coquelicots.

    Selon le langage chromatique le rouge est synonyme d’amour et de détermination, il traduit une humeur concentrée et créative.
    Moi je me sens plutôt d’humeur coquelicot.

    Puis, à l’ombre de l’érable du japon et la finesse de ses feuilles, je me fonds dans la lie de vin, à moins que ce ne soit couleur Aubergine ?
    Là encore je m’intéresse à sa signification chromatique : Énergie, spiritualité, zen, originalité.
    Je crois que j’ai tous les ingrédients. Je me délecte de ce moment d’apaisement.

    Me voilà dans le jaune-oranger.
    L’un comme l’autre permettent de chasser les idées noires. L’orange chasse le noir. (Is orange the new black ?)
    J’admire la petite demoiselle verte au son d’archet. Elle stridule sans crainte d’avoir des ennuis, bien que perchée sur un gros souci.

    J’ai des oignons à mes pieds. Ne pas se méprendre, ils sont dans leur filet. Les citrons ne sont pas pressés, les oranges portent bien leur nom, quant aux pommes de terre on les préfèrerait en robe des champs.

    Finalement j’ai bien aimé jouer les caméléons. Certes je ne suis pas Liu Bolin, mais je me suis glissée dans mes petits tableaux et une fois n’est pas coutume, du bon côté de la photo.
    La chose est certaine : si cela est à refaire, collant ou bas, finalement je ne l’enlèverai pas.

  • Devinez, devinez, devinez qui je suis*

    Confinement, Distanciation, Pénurie de masques, gants, désinfectants…

    Le climat anxiogène qui règne actuellement profite, on ne peut mieux, à certains petits bandits de caniveaux qui sévissent sur la toile, non contents de vendre du gel hydroalcoolique au prix dispendieux du caviar, ils s’empressent sans le moindre scrupule de vendre des masques fantômes à tour de bras, promettent un stock qu’ils n’ont pas et garantissent des livraisons, dont on en est à espérer qu’elles arriveront avant la date de péremption.

    Si dans l’ensemble des e-commerces honnêtes et sérieux se partagent le marché de ces produits de nécessité, la raréfaction et les difficultés à s’en munir qui en découlent ont donné des ailes à ces petits commerçants sans le sou, sans cervelle non plus, et sans plus d’empathie envers les désireux de se bien porter.

    Voilà qu’à mon tour je décide de m’équiper de quelques masques lavables que je choisis de commander sur un site que je ne nommerai pas – moins par respect pour ces Coloquintes à la graisse de hérisson (dixit ma grand-mère fervente admiratrice d’Archibald Haddock), que par crainte d’un retour de karma. –

    Commande payée, validée, promise sous 8 jours.

    2 semaines plus tard, sans nouvelle, je questionne le marchand par courriel sur l’avancement de ma commande déjà en retard.

    On me répond qu’elle sera prête dans 8 jours. Retour à la case départ donc (et sans toucher les 20000…)

    Obéissante et docile, je patiente encore une semaine et toujours sans réponse, j’interroge enfin mon ami Google sur ladite entreprise.

    Je ne suis même pas surprise lorsque je découvre, à grand renfort de noms d’oiseaux, les avis réprobateurs de dizaines de clients désabusés, dupés et menaçants qui, tout comme moi, n’ont jamais vu la couleur de leurs denrées élémentaires – mon cher Watson –

    Dois-je à mon tour vilipender le comportement de ces Espèces de porcs-épics mal embouchés et les menacer de les dénoncer à « 60 millions de consommateurs » (et pourquoi pas « 30 millions d’amis ») ?

    Encline à un peu de paix dans ce monde de brute, je renonce à l’affrontement et me résous à m’organiser autrement en attendant mieux.

    Comment s’y prendre alors…

    Coudre mes propres masques ? Le souvenir d’une tentative de couture soldée par un échec me revient en mémoire. Embarrassée d’un Jeans troué à l’entrejambe qui trainait dans mon placard depuis des mois, j’avais alors décidé, de fil en aiguille, de me lancer dans son raccommodage. La cicatrice était belle mais peu solide. Ravie d’avoir offert une seconde vie à mon jeans je l’étrennais et c’est, évidemment, un jour ou j’étais sortie au supermarché que la plaie s’était rouverte, laissant apparaitre mon plus beau sourire fessier aux yeux du vendeur de chez Herta, habillé en saucisse à tablier fleuri, riant comme une baleine derrière son stand. – Sic. –

    Renonçant à la couture, je n’ai d’autre choix que de fouiller la maison, en quête du meilleur équipement de protection.

    Quelques heures plus tard, je suis fin prête. L’état de mon armoire accuse un séisme de magnitude 6, indiquant que j’ai fait le tour de la question.

    Solennellement, j’endosse ma tenue apocalyptique fait-maison : écharpe pure laine d’Alaska jaune de Damas enroulée 2 fois autour de mon cou jusqu’aux yeux, lunettes de ski haute montagne vissées sur le nez et gants de vaisselle en caoutchouc roses.

    Arrivée au bureau de poste, je découvre la file d’attente et des clients obéissant bien volontiers à la règle de distanciation.

    Au guichet, l’employée me toise de haut (finalement d’en bas, puisqu’elle est assise) et se demande peut-être si je vais m’enfuir avec la caisse.

    J’ai probablement l’air plus timbré que la planche de 10 qu’elle me tend, je règle mon dû et m’en retourne chez moi.

    Home sweet home.

    Finalement, la prudence est de mise, j’en ai pris mon parti.

    Il parait qu’il n’y a pas de plus grande joie que de rester chez soi, et tant que faire se peut j’appliquerai la règle de la prudence, à défaut de celle de l’élégance.

    Ne tentons pas le diable, même s’il s’habille en Prada, lui.

    (*)Derrière mon loup, je fais ce qui me plaît, me plaît…

  • Pourquoi ce blog ?

    Tout ce qui stimule la créativité me passionne ! Peinture, dessin, sculpture, musique, lecture, écriture et par dessus toutes les autres activités : la photographie.
    J’aime aussi beaucoup bavarder, me raconter, partager des découvertes, des rencontres, des idées (pas toujours de génie, c’est entendu) et puis m’inventer des histoires ou des théories parfois décalées.
    En somme, j’ai décidé de parler, d’écrire.

    Avec mes mots et mes images.

    J’ai toujours été convaincue qu’en bon photographe qui se respecte (même amateur), tout ce que l’on perçoit est beau. Il suffit de regarder de la bonne façon. Il est toujours possible de trouver de la beauté dans une fourchette (un chef d’œuvre à hors d’œuvre en quelque sorte) ou une coquille d’œuf écrasée, pourvu que l’on se situe sous le bon angle et que l’on soigne sa lumière.

    Ainsi va la vie.

    J’entends ici illustrer mes écrits par mes propres photographies, conçues avec les moyens du bord. Je tente, du mieux que je le peux, de trouver de la poésie dans les petites choses du quotidien.
    C’est ainsi ma façon à moi de revendiquer, à défaut d’œuvre d’art, une œuvre d’âme.

    Mes essais à l’écriture sont parfaitement dénués de prétention, cela va sans dire.
    L’expression et le partage sont les seuls leitmotiv de ce blog, et si par un joyeux malentendu j’arrive à susciter votre intérêt voire vous faire sourire bien à propos, j’en serais ravie et même comblée.

    Je vous invite à flâner dans mon humble univers photographique, afin de lire un peu mieux dans ma conscience.

    Bienvenue dans mon univers

    « Je me suis approprié de beaux regards et d’étranges lieux, j’ai imaginé de doux secrets , j’ai croisé des animaux pittoresques, j’ai inventé des histoires incroyables. Tous ces moments que je me défends d’avoir volés, je les ai ressentis et vécus, je les ai touchés et j’en ai fait des tableaux que j’ai soigneusement et délicatement rangés ici.
    Je vous ouvre avec émotion les portes de mon imaginaire, l’autre côté de mon regard, je veux partager ce que je vois tel que je le vois en me laissant guider par ma curiosité intuitive.
    Je fais le pari qu’un simple petit caillou peut exprimer la beauté et je soutiens que le mot laid n’appartient qu’aux gens bêtes. »

    Valérie Andres

    “L’imagination est plus importante que le savoir.” (A.Einstein)